Stratégie de mobilité en entreprise : réduire l’autosolisme sans pénaliser les salariés

Stratégie de mobilité en entreprise : réduire l’autosolisme sans pénaliser les salariés

Une stratégie de mobilité en entreprise organise les déplacements pour réduire leurs coûts, leurs émissions et leur pénibilité. Elle repose sur un diagnostic des trajets, des solutions adaptées aux salariés et un suivi des résultats. Le plan de mobilité employeur (PDME) en constitue la traduction opérationnelle : il transforme une intention en actions financées, pilotées et évaluées.

Définir le périmètre et vérifier les obligations avant d’agir

La démarche couvre les trajets domicile-travail et les déplacements professionnels. Selon l’activité, elle intègre aussi les visiteurs, les prestataires et les livraisons. Son intérêt dépasse la conformité : améliorer l’accès au site facilite le recrutement, tandis que limiter les déplacements inutiles réduit les dépenses et la fatigue.

Testez vos connaissances sur la stratégie de mobilité

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    Le PDME et le cadre réglementaire

    Le plan de mobilité employeur prolonge l’ancien plan de déplacements entreprise (PDE). La loi d’orientation des mobilités, adoptée en 2019, a renforcé la place de la mobilité domicile-travail dans la négociation sociale. Depuis le 1er janvier 2020, les entreprises concernées employant au moins 50 salariés sur un même site doivent traiter ce sujet dans la négociation obligatoire. À défaut d’accord, l’élaboration d’un PDME s’impose dans le périmètre réglementaire applicable.

    La localisation compte également, notamment dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants concernées. Vérifiez auprès de Service-Public.fr et de l’autorité organisatrice de la mobilité le périmètre territorial, les conditions de négociation et les modalités de transmission du plan. Le seul effectif global de l’entreprise ne suffit pas à conclure.

    Un plan commun, des réponses locales

    Un plan mono-site répond aux contraintes d’un établissement. Un plan multi-sites coordonne plusieurs implantations ; un plan mutualisé réunit plusieurs employeurs, par exemple dans une zone d’activités. Les établissements de moins de 50 salariés ne doivent pas être oubliés : distinguez leur situation juridique de leur intégration opérationnelle à la démarche. Une politique commune peut prévoir des actions différentes selon chaque site.

    Diagnostiquer les trajets réels, pas seulement les intentions

    Les chiffres montrent pourquoi une réponse uniforme fonctionne mal : 74 % des personnes ayant un emploi vont travailler en voiture en France, contre 87 % dans les communes rurales, selon l’enquête citée sur les déplacements. L’enjeu n’est donc pas de supprimer la voiture partout, mais d’identifier les trajets pour lesquels une alternative est réellement praticable.

    Infographie de stratégie mobilité entreprise : diagnostiquer, agir et mesurer les déplacements
    Infographie de stratégie mobilité entreprise : diagnostiquer, agir et mesurer les déplacements

    Croisez une enquête salariés, l’analyse de l’accessibilité du site et les dépenses internes. Le questionnaire peut tenir en quelques questions essentielles :

    • Quels modes utilisez-vous, à quelle fréquence et sur quelle distance ?
    • Quels sont vos horaires et votre temps de trajet habituel ?
    • Quelles contraintes rencontrez-vous : garde d’enfants, handicap, matériel, horaires décalés ?
    • Quelle alternative pourriez-vous essayer et à quelles conditions ?
    • Quel budget consacrez-vous à ces déplacements ?

    Cartographiez les secteurs de résidence de manière agrégée, sans diffuser les adresses individuelles. Analysez les correspondances, les cheminements piétons, les accès cyclables et les horaires des transports collectifs. Une ligne de bus proche n’est pas une solution si le dernier départ précède la fin du travail.

    Pour les déplacements professionnels, relevez les kilomètres, les motifs, les modes et le taux d’utilisation des véhicules. Ajoutez les frais de carburant, de stationnement, d’entretien et de déplacement. Estimez les émissions avec des facteurs cohérents, en vous appuyant notamment sur les outils de l’ADEME et Impact CO₂. Conservez les mêmes hypothèses pour comparer les résultats dans le temps.

    Choisir les solutions selon les obstacles à lever

    Priorisez les actions selon leur utilité, leur coût complet et leur faisabilité. En centre-ville, les transports collectifs peuvent être déterminants ; dans une zone industrielle peu desservie, le covoiturage et l’organisation des horaires auront souvent davantage de potentiel.

    SolutionSituation favorablePoint de vigilance
    Marche et véloTrajets courts et accès sécurisablesContinuité des itinéraires, stationnement et vestiaires
    Transports collectifsDesserte compatible avec les horairesCorrespondances et dernier kilomètre
    CovoiturageOrigines et horaires prochesSouplesse et solution de retour imprévu
    TélétravailActivités réalisables à distanceÉquité, organisation et déplacements supplémentaires
    Flotte partagéeDéplacements professionnels récurrentsRéservation, disponibilité et dimensionnement

    Raisonnez comme avec un ciseau : pour diminuer l’autosolisme, les deux lames doivent travailler ensemble. La première rend l’alternative attractive ; la seconde retire un obstacle concret. Financer le vélo sans sécuriser son stationnement laisse une lame immobile. Ouvrir un service de covoiturage sans assouplir légèrement les horaires produit le même blocage. Associez donc chaque incitation à la suppression du frein révélé par l’enquête.

    Pour les missions, examinez d’abord la nécessité du déplacement, puis la visioconférence, le train ou la mutualisation des rendez-vous. Adaptez ensuite la flotte aux usages réels, plutôt que de remplacer automatiquement chaque véhicule. Les livraisons peuvent aussi être regroupées ; la petite logistique à vélo mérite une étude lorsque les distances et les charges le permettent.

    La prévention reste centrale. Selon Generali, 440 personnes ont été tuées en 2023 lors d’un déplacement lié au travail, dont deux tiers sur un trajet domicile-travail. Réduire la fatigue, éviter les appels au volant et sécuriser les accès font pleinement partie du plan.

    Financer et déployer un programme acceptable

    Confiez le pilotage à un responsable identifié, soutenu par la direction. Associez les RH, les services généraux, la RSE, les représentants du personnel et des salariés aux profils variés. Cette concertation évite de privilégier uniquement les personnes ayant des horaires réguliers ou pouvant télétravailler.

    Distinguer obligations, incitations et aides

    Dans le secteur privé, l’employeur prend en charge au moins 50 % des abonnements éligibles aux transports collectifs. Une participation supérieure peut être prévue ; la fourchette de 50 % à 75 % évoquée par l’ADEME doit être distinguée du minimum obligatoire et des règles d’exonération applicables.

    Le forfait mobilités durables est, en principe, facultatif dans le privé, sous réserve des accords applicables. L’ADEME mentionne un plafond d’exonération de 900 € par an et par salarié : vérifiez les conditions, l’année d’application et les règles de cumul avant de paramétrer la paie. Ce plafond ne constitue ni un montant obligatoire ni une aide automatiquement versée.

    Sollicitez l’autorité organisatrice de la mobilité, les collectivités et les ressources de l’ADEME pour repérer les accompagnements et aides ouverts. Les ressources Employeur Pro-Vélo peuvent également orienter le projet ; vérifiez la disponibilité des financements avant de les intégrer au budget.

    Tester avant de généraliser

    Prévoyez un budget distinguant investissement, fonctionnement et animation. Lancez ensuite un pilote sur un site ou un groupe volontaire. Un challenge de mobilité sur une journée, une semaine ou un mois peut déclencher l’essai, mais ne remplace pas un service fiable. Pour le télétravail, l’ADEME évoque une expérimentation de cinq mois : une période d’observation permet d’évaluer l’organisation et les effets induits.

    Mesurer les résultats et corriger les actions

    Fixez des objectifs SMART : spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et datés. Par exemple, réduire de 20 % l’usage de la voiture individuelle en 12 mois ou doubler la part des salariés venant à vélo avant la fin de l’année. Ce sont des objectifs illustratifs, à ajuster au diagnostic, et non des résultats garantis.

    Le tableau de bord doit réunir quelques indicateurs stables :

    • Parts modales et part de conducteurs seuls.
    • Kilomètres parcourus et émissions de gaz à effet de serre estimées.
    • Coût total et coût rapporté au nombre de salariés concernés.
    • Occupation des parkings et utilisation des services proposés.
    • Satisfaction, temps de trajet et difficultés persistantes.

    Distinguez les variations liées aux actions de celles dues aux effectifs, à la saison ou aux jours de présence. Un parking moins occupé ne prouve pas, à lui seul, un report vers le vélo. Partagez régulièrement les résultats avec les salariés, puis ajustez les mesures : horaires, équipements, communication ou financement. Une stratégie utile se reconnaît aux alternatives effectivement utilisées, pas au nombre d’actions inscrites dans le plan.

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